Combien vous coûtent vos ressaisies ? Une méthode pour les chiffrer
Tout le monde sait que les ressaisies coûtent cher. Presque personne ne sait combien. Sans ce chiffre, impossible de comparer un projet d’automatisation à son coût, ni de choisir par quel processus commencer. La méthode tient en une feuille.
5 min de lecture Par Onilys
« On ressaisit tout. » C’est l’une des phrases que nous entendons le plus souvent chez les dirigeants de PME, et elle est presque toujours vraie. Un devis retapé dans l’outil de facturation, des heures de chantier recopiées de la feuille au tableur puis du tableur à la paie, une commande saisie une fois dans l’e-mail du fournisseur et une fois dans la comptabilité.
Ce que ces dirigeants n’ont presque jamais, c’est le chiffre. Combien ces ressaisies coûtent-elles par an ? Sans lui, un projet d’automatisation se discute à l’intuition, et l’intuition hésite. Avec lui, la décision devient simple : si le processus coûte tant par an et que l’automatiser coûte tant une fois, le calcul est fait.
Voici une méthode que vous pouvez appliquer en une demi-journée avec vos équipes. Elle ne demande ni outil ni consultant, seulement de l’honnêteté sur les temps réels.
Étape 1 : lister les ressaisies avec ceux qui les font
La liste ne se fait pas depuis le bureau de la direction. Les ressaisies sont invisibles d’en haut, parce que les équipes les ont intégrées à leur routine. Réunissez les personnes qui font le travail, service par service, et posez une question simple : « Quelle information saisissez-vous alors qu’elle existe déjà quelque part ? »
Les réponses viennent vite. Pour chacune, notez :
- l’information ressaisie (un devis, des heures, une commande, une adresse) ;
- d’où elle vient et où elle va ;
- qui la ressaisit.
Pensez aussi aux ressaisies cachées : la vérification manuelle qu’un fichier correspond à un autre, la mise en forme d’un export avant de l’envoyer, le remplissage d’un tableau de suivi à partir des e-mails.
Étape 2 : chiffrer le coût direct
Pour chaque ligne, trois nombres :
- la fréquence : combien de fois par semaine ou par mois ;
- la durée nette, en minutes, à chaque fois ;
- le coût horaire chargé de la personne qui le fait.
Le coût direct annuel est le produit des trois, ramené à l’année. Les durées sont des estimations ; demandez aux personnes de chronométrer deux ou trois fois si le doute est grand. Ne cherchez pas la précision au centime : l’objectif est de comparer des lignes entre elles.
Étape 3 : ajouter le coût des erreurs
Une ressaisie n’est pas seulement du temps perdu. C’est une occasion d’erreur à chaque fois. Pour chaque ligne :
- à quelle fréquence une erreur est-elle détectée ;
- combien de temps sa correction prend-elle, en comptant les échanges avec le client ou le fournisseur ;
- quelles conséquences visibles : avoir, relivraison, retard de paiement, pénalité.
Les erreurs non détectées existent aussi, mais vous ne pouvez pas les compter. Notez simplement que votre chiffre est un minimum.
Étape 4 : un exemple fictif
Prenons une entreprise imaginaire de quinze personnes, pour illustrer la méthode. Les heures de chantier sont relevées sur papier par trois chefs d’équipe, puis saisies chaque semaine dans un tableur par une assistante, puis reportées dans le logiciel de paie en fin de mois.
- Saisie hebdomadaire : 3 feuilles × 20 minutes × 47 semaines ≈ 47 heures par an.
- Report mensuel dans la paie : 2 heures × 12 mois = 24 heures par an.
- Corrections : environ une erreur par mois, 1 heure de recherche et de régularisation = 12 heures par an.
Soit un peu plus de 80 heures par an. À un coût horaire chargé de 30 euros, choisi pour l’exemple, cela représente environ 2 500 euros par an, sans compter les retards de paie et les tensions qu’une erreur sur un bulletin provoque. Ce chiffre est modeste, et c’est le point : il permet de comparer. Si un formulaire mobile de relevé d’heures, relié à la paie, coûte l’équivalent de deux années de ce temps, la décision est claire. S’il en coûte dix, elle l’est aussi.
Les chiffres de cet exemple sont inventés ; les vôtres seront différents, et c’est précisément ce qu’il faut mesurer.
Étape 5 : classer et choisir
Vous avez maintenant une liste de ressaisies avec un coût annuel chacune. Ajoutez une colonne : facilité d’automatisation, en trois niveaux.
- Facile : les deux outils concernés peuvent communiquer (export, API, connecteur), ou un formulaire remplace la saisie papier.
- Moyen : il faut un outil d’automatisation ou un petit développement.
- Difficile : l’un des outils est fermé, ou le processus lui-même n’est pas stable.
Classez par coût décroissant, et commencez par la ligne la plus chère parmi les faciles. C’est votre premier projet. Il sera visible, mesurable, et il financera le suivant. La méthode pour le mener est décrite dans comment automatiser les tâches répétitives.
Ce que le chiffre change
Un dirigeant qui sait que ses ressaisies coûtent l’équivalent d’un mi-temps par an ne discute plus de l’opportunité d’automatiser : il discute de l’ordre. Les équipes, qui ont produit le chiffre, savent que le projet vise à leur rendre du temps, pas à les surveiller. Et le prestataire, quel qu’il soit, a une base claire pour chiffrer sa proposition face à un gain connu. Pour mesurer ensuite ce que le projet rapporte, les indicateurs à suivre sont les mêmes que ceux de votre feuille.
Cette méthode est le cœur de notre workshop d’automatisation : en une demi-journée avec vos équipes, nous décrivons un processus, repérons les ressaisies et les attentes, et chiffrons ensemble ce qu’il est possible de récupérer. Prendre rendez-vous
Questions fréquentes
Quel coût horaire utiliser ?
Le coût employeur chargé, divisé par le nombre d’heures travaillées dans l’année. Votre comptable ou votre expert-comptable l’a. Pour un premier calcul, une valeur moyenne par catégorie de poste suffit ; l’objectif est de comparer des processus entre eux, pas de produire une écriture comptable.
Faut-il compter le temps des ressaisies qui sont faites « en même temps que le reste » ?
Oui, en demandant aux personnes d’estimer le temps net : combien de minutes la ressaisie prend-elle, à chaque fois, si on l’isole ? Les estimations sont imparfaites, mais elles sont systématiquement plus proches de la réalité que l’impression générale selon laquelle « ça ne prend pas longtemps ».
Et si le coût est faible ?
C’est une information utile : ce processus n’est pas prioritaire, et le temps de vos équipes sera mieux employé ailleurs. Vérifiez cependant les coûts indirects : une ressaisie courte mais source d’erreurs sur les devis ou les factures peut coûter plus cher que son temps de saisie.