Le « connecteur humain » : ce collaborateur qui ressaisit entre vos logiciels
Vos logiciels ne se parlent pas, alors quelqu’un parle à leur place. Trois symptômes pour reconnaître ce « connecteur humain », un calcul pour mesurer ce qu’il coûte, et deux décisions à prendre avant de changer d’outil.
5 min de lecture Par Valentin Souvay
Prenons une entreprise de gros œuvre de soixante personnes. Le conducteur de travaux vient de faire signer un avenant sur un chantier de logements. Il pose la feuille sur le bureau de l’assistante d’exploitation. Elle ouvre le logiciel de devis pour retrouver les lignes concernées, les recopie dans le planning du matériel, puis dans l’ERP pour lancer la commande de fournitures, puis prépare un mail à la comptabilité pour l’acompte. Quatre outils, un seul document, plus d’une heure. Personne dans l’entreprise ne trouve cela anormal : c’est ainsi depuis des années.
Ce n’est pas une anecdote : c’est le système d’information de l’entreprise. Les logiciels ne se parlent pas, alors c’est elle qui parle à leur place. Nous appelons cette personne le « connecteur humain ». La plupart des PME en ont au moins un, et ne l’ont jamais nommé.
Vous le reconnaîtrez à trois symptômes
Le premier, c’est la double saisie. Une même information, un prix, une quantité, une date de livraison, un numéro de chantier, est tapée deux fois, trois fois, parfois cinq, dans des outils différents. Chaque frappe est une occasion d’erreur. Un 7 devient un 1, une ligne saute, une unité change. Et comme chaque outil a sa propre version de la vérité, personne ne voit l’écart avant qu’il ne coûte quelque chose.
Le deuxième symptôme, vous le vivez en réunion. Le responsable d’exploitation annonce un chiffre d’avancement, la comptabilité en annonce un autre, le bureau d’études un troisième. On passe vingt minutes à comprendre lequel est le bon. Souvent, les trois sont justes, mais à des dates différentes, parce que le connecteur humain n’a pas encore eu le temps de reporter la dernière mise à jour partout. Le débat ne porte pas sur l’activité, il porte sur la saisie.
Le troisième symptôme est le plus sérieux. Quand cette personne est en congé, en arrêt, ou quand elle part, l’entreprise ralentit. Les devis ne deviennent plus des commandes, les situations ne partent plus en facturation, le planning n’est plus à jour. On découvre que la procédure n’était écrite nulle part. Elle était dans sa tête, et dans ses habitudes de copier-coller. Une partie du chiffre d’affaires dépend alors de la présence d’une seule personne.
Le coût ne figure sur aucune ligne du compte de résultat
Ce temps n’apparaît nulle part, parce qu’il est fondu dans un poste existant. Personne ne facture « ressaisie ». Pour le voir, faites le calcul vous-même. Comptez les heures par semaine que cette personne, et celles qui l’aident, passent à recopier d’un outil vers un autre. Multipliez par un coût horaire chargé, puis par le nombre de semaines travaillées dans l’année. Quelques heures par semaine suffisent à représenter plusieurs milliers d’euros par an pour une seule personne ; pour une équipe administrative entière, le résultat est bien plus élevé. Notre calculateur du coût des ressaisies fait ce calcul en une minute, et notre méthode pour chiffrer les ressaisies le détaille avec vos équipes.
Mais le temps n’est que la partie visible. Ajoutez les erreurs : la commande passée en double, la situation de travaux qui oublie un avenant, le prix d’achat qui n’a pas été reporté dans le devis suivant. Ajoutez les délais : une facture qui part trois jours plus tard parce que l’information attendait d’être recopiée, c’est trois jours de trésorerie. Ajoutez enfin le risque : la continuité d’un processus entier qui tient à un carnet de notes et à une bonne mémoire.
Ce que ces chiffres disent, c’est que le problème n’est pas la personne. Elle fait ce qu’il faut pour que l’entreprise fonctionne. Le problème est que ses outils ont été choisis un par un, à des années d’écart, chacun pour un besoin, sans que personne ne regarde comment l’information passerait de l’un à l’autre. Elle est devenue le passage.
Avant de changer d’outil, regardez le trajet de l’information
Le réflexe courant est de chercher un nouveau logiciel, plus gros, qui ferait tout. C’est rarement la bonne première étape. Un outil qui remplace quatre outils demande des mois, de l’argent, et une entreprise prête à changer ses habitudes partout en même temps. Et il ne corrige pas le vrai défaut, qui est qu’on n’a jamais décidé où vit chaque information.
Commencez donc par cartographier les flux. Prenez un cas concret, par exemple l’avenant du début de cet article, et suivez-le de son apparition à sa facturation. À chaque étape, notez dans quel outil il entre, qui le saisit, et d’où vient l’information. Faites-le avec les personnes qui le font vraiment, pas avec leur responsable. En une demi-journée, vous aurez un schéma avec des flèches, et la plupart des flèches seront des mains. Nous avons détaillé pourquoi cartographier ses processus.
Ensuite, pour chaque information qui circule, désignez une donnée de référence. Le prix de vente d’une prestation a une seule origine : le logiciel de devis, par exemple. Le numéro de chantier a une seule origine. La date de livraison a une seule origine. Partout ailleurs, cette information est une copie, et une copie doit venir de la source, pas d’une frappe au clavier. Cette simple décision, écrite et partagée, règle une bonne partie des écarts qu’on constate en réunion. Elle rend aussi possible la suite : relier les outils entre eux, par un export régulier, un formulaire web ou une automatisation légère, pour que la copie se fasse seule.
Le connecteur humain ne disparaît pas. Il change de rôle. Il vérifie au lieu de recopier, il traite les cas particuliers au lieu de faire tourner la routine. Et le jour où il part en vacances, l’entreprise continue.
Si vous avez reconnu ce processus et cette personne chez vous, notre workshop d’automatisation prend une demi-journée, un seul processus et les gens qui le font. On en ressort avec la carte et la première liaison à mettre en place : le workshop d’automatisation.